25 janvier 2009
Faut-il tout sacrifier sur l'autel du prix ?
Dans la crise actuelle apparaît une tendance sur laquelle feraient bien de se pencher nos politiques. Une tendance qui est à mon sens le noeud du problème. Cette révélation m'a été faite alors que je parlais à bâton rompu avec un client :
Le client : Vous ne trouvez pas que vos produits sont anormalement chers ? (Sous-entendu : vous ne vous goinfrez pas de trop ?)
Moi : Quels sont les éléments de comparaison qui vous permettent de penser cela ?
Le client : Heuh...
Moi : Quel est votre métier ?
Le client : Je suis commercial dans une concession automobile...
Moi : Vous ne trouvez pas que les voitures sont anormalement chères ?
Le client : Oui, mais il y a des gens pour les imaginer, construire des prototypes, les sortir en série, les vendre...
Moi : Eh bien c'est la même chose pour mes produits Monsieur !
Je vous raconte cette anecdote pour attirer votre attention sur cette tendance qu'est tout à la fois la banalisation du produit et sa seule réduction au prix qu'il coûte. Ce raisonnement est destructeur. Il pousse toute une société vers le bas. Il faudra bien réaliser un jour que cette façon de voir les choses dénature complètement les échanges économiques, et au-delà les relations humaines.
L'explosion de l'innovation technologique a permi d'améliorer les produits et de baisser substantiellement leur prix. Autrefois le pain, la farine et d'autres produits de base étaient seuls considérés comme de la marchandise. Aujourd'hui tout est marchandise. Et tout doit donc coûter le prix d'une baguette, voire être donné. Les distributeurs ont bien compris cette tendance. Ils développent des canaux économiques de vente pour satisfaire un consommateur exigent sur les prix : ce sont les discounts, les entrepôts du troc, les sites Internet discount. Mais ils investissent aussi des niches où la dépense est peut-être plus en rapport avec l'exigence de qualité : ce sont les réseaux bio, les réseaux spécialisés, les enseignes de ville. Cependant, il ne faut pas se voiler la façe : même sur ces niches, les acheteurs et les financiers sévissent en maîtres, laissant exsangues fabricants, salariés et même... clients !
Alors que faire ? Plusieurs pistes :
- Les fabricants doivent reprendre la main : investir dans le canal de distribution en prenant des participations afin d'influencer la gestion des entreprises du secteur.
- L'Etat doit impérativement influencer les bonnes pratiques dans toute la filière, et se faire l'initiateur d'une campagne d'information sur ce problème. Nous sommes très forts pour influencer les fumeurs et les automobilistes, pourquoi ne le serions-nous pas pour les consommateurs ? Il faut redonner du sens à l'acte d'achat.
- Les hommes politiques doivent prendre position clairement et ne pas se laisser seulement bercer par les lobbies de toutes sortes. L'acte d'achat est un acte social avant d'être un acte économique.
- Il faut imaginer des rouages différents pour certaines courroies de l'économie. Je pense en particulier aux centrales d'achat qui pourraient (ou devraient) toutes fonctionner sur un modèle social : coopérative, social business, GIE, etc. Ces centrales avaient à l'origine pour mission d'acheter en gros pour faire baisser le prix. Jusque là rien d'anormal si le fournisseur y trouve sont compte. Le problème est qu'aujourd'hui, les centrales d'achat cherchent aussi à revendre au plus cher à ses affiliés. On voit ici la patte des financiers. Il faut impérativent endiguer cette dérive.
Pour aller plus loin sur les évolutions de consommation, je conseille le rapport Deloitte 2008 et particulièrement à partir de la page 45. Je laisse une porte ouverte à la réflexion et vous invite à me donner votre avis, même contradictoire, ainsi que vos propres solutions.
11:37 Publié dans Ca grince..., Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : grande distribution, prix, crise économique |



Commentaires
C'est une possibilité qui existe déjà ... mais cela ne changera pas grand chose. En quoi une centrale d'achat en mode coopératif serai t-elle plus efficace pour ces clients qu'une centre d'achat qui a un statut de SA ? où même si elle est en mode "social business", ce n'est pas parce qu'elle ne redistribue pas ses bénéfices à ces actionnaires que ces marches seront forcément moins élevés.
De toute façon, nous ne sommes pas dans un système communiste/collectiviste où on imposse aux entreprises le statut social qu'elle doivent avoir.
"Autrefois le pain, la farine et d'autres produits de base étaient seuls considérés comme de la marchandise. Aujourd'hui tout est marchandise. "
Autrefois la diversité des marchandises étaient moindre, mais tout était marchandise également : le poisson, la viande, les produits artisanaux ... à partir du moment où vous échangez un produit, c'est une marchandise. Cela a toujours était depuis la nuit des temps !
Il vrai problème c'est la concentration des activités de gros. Comme partout s'il n'y a pas de réel concurrence les prix augmentent.
Ecrit par : Matt | 08 août 2009
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